Rapport Mario Draghi : et si le vrai problème était le dialogue social ?
Mario Draghi (MD) tente d’inciter l’UE à une action commune et unifiée pour augmenter notre productivité, dans l’objectif de préserver la compétitivité de ses entreprises, face à des tensions géopolitiques et une concurrence accrues dans le monde et une démographie décroissante. L’Europe, d’après MD, a loupé le coche de la compétitivité technologique et en particulier la révolution digitale, source de gains de productivité.
Or cette compétitivité sera essentielle pour que l’UE puisse préserver sa raison d’être : assurer le droit fondamental des Européens aux valeurs fondamentales de prospérité, équité, liberté, paix et démocratie. Et y arriver requiert que l’Europe change radicalement, à travers trois pistes.

- Piste 1 : Stimuler l’innovation : alléger les réglementations restrictives et investir dans la formation et des emplois durables.
- Piste 2 : Allier décarbonation et compétitivité : coordonner les politiques pour que les bénéfices profitent aux industries et citoyens européens, en valorisant l’avance technologique de l’UE.
- Piste 3 : Renforcer l’autonomie stratégique : réduire la dépendance aux matières premières critiques et protéger le marché européen.
Alors que le rapport de Mario Draghi met en lumière la perte de compétitivité de l’UE, une hypothèse mérite d’être explorée spécifiquement pour la France : cette fragilité ne s’explique pas tant par le coût du travail que par la faiblesse du dialogue social au sein de nos industries. Le caractère trop souvent conflictuel des relations sociales constitue un obstacle majeur au redressement industriel. Et les responsabilités sont partagées entre syndicats frileux et management réticent à engager un véritable échange par crainte des tensions.
Pourquoi ce dialogue est-il si crucial ? Parce qu’il conditionne la capacité des entreprises à se réorganiser face aux nouveaux défis économiques. Avec la mondialisation, les leviers traditionnels de compétitivité (coûts de l’énergie, des matières premières, accès aux technologies) se sont nivelés. La différence se joue désormais sur l’agilité des organisations à répondre à une demande en perpétuelle mutation : des produits personnalisés, disponibles rapidement et renouvelés fréquemment. Or, nos industries restent trop souvent enfermées dans des logiques de production de masse, devenues inadaptées.
Pourtant, des solutions existent. Le système de production « lean », inspiré du modèle Toyota, a permis à de nombreuses entreprises de rester compétitives malgré la pression mondiale. Ce modèle repose non seulement sur la flexibilité des process, mais surtout sur un dialogue continu entre décideurs et opérateurs.
C’est sur le terrain que naissent les solutions, à condition que les équipes soient impliquées.
En France, on préfère trop souvent des réponses technologiques isolées — usines du futur, digitalisation à outrance — sans les inscrire dans un véritable plan de transformation globale. Pire encore, ces initiatives éloignent davantage le management des équipes de terrain : au lieu de dialoguer, on distribue des tablettes.
Si nous voulons inverser la tendance, il est temps de reconnaître que la compétitivité passe par un travail participatif. Le management n’a d’autre choix que de rétablir un dialogue sincère avec les équipes. Sans cela, le déclin industriel se poursuivra inexorablement, entraînant la disparition de nos champions nationaux.